JDB_N1_2021

JDB. Jean-François Abeille, tu es au- jourd’hui avocat honoraire, est-ce que tu peux nous rappeler ton par- cours? Jean-François Abeille : À l’origine, j’ai voulu « faire du droit » comme mon père, qui était avoué devant le tribunal de grande instance de Mar- seille et excellent juriste. La pratique du droit était pour lui une sorte de virus qu’il m’a transmis. J’ai prêté serment en décembre 1974 et parallèlement à l’exercice de la profession d’avocat au sein du cabinet de mon père, alors avocat depuis la fusion des professions d’avoué et d’avocat, j’ai poursuivi l’éla- boration dema thèse de doctorat d’État soutenue en novembre 1981. Entre temps, j’ai été premier lauréat de ce qui s’appelait alors la conférence du stage puis associé avec mon père. J’ai pris la suite de mon père qui a ra- lenti puis cessé ses activités et ont été associés au cabinet des collabora- teurs. C’est l’une des raisons pour les- quelles le cabinet s’est développé dans des secteurs que j’ai abandonnés petit à petit et que les nouveaux associés ont pris en charge. Tout au long de ces années, mon domaine d’activité s’est rétréci (en s’élargissant géographique- ment) et s’est recentré sur le droit de la responsabilité, le droit des contrats et le droit des assurances, notamment. Mon fils Étienne inscrit au barreau de Marseille depuis près de 10 ans, éga- lement associé au cabinet a repris mon secteur d’activité, ce qui pour moi a beaucoup de sens. Les associés ont développé les sec- teurs de clientèles pour lesquels ils avaient d’abord exercé en tant que collaborateurs. Ainsi, le cabinet de Marseille est devenu un peu «étroit» ; nous nous sommes alors étendus à l’extérieur pour gérer des clientèles existantes. C’est ainsi qu’on a d’abord créé un cabinet à Aix-en-Provence, puis à Nîmes, Montpellier, Lyon et der- nièrement à Nice. J’ai eu, entre autres, un principe di- recteur, l’empathie, ainsi je considère que le fait de mener un procès contre un confrère, n’implique pas qu’on soit en mauvais termes avec lui. On peut s’affronter de façon loyale, se dispu- ter c’est fatigant et puis si un jour on a quelque chose à demander à un confrère (ce qui arrive parfois), il vaut mieux avoir de bonnes relations avec lui. L’empathie pour moi a toujours été un sentiment important, qui m’a le plus souvent guidé au cours de ma carrière au barreau vis-à-vis des confrères bien sûr, mais également des clients. Tut’esbeaucoup investi dans lafor- mation et tu as beaucoup apporté à l’Ordreet auxavocatsdubarreau deMarseille. Pourquoi, n’ai-je pas sollicité de man- dats ordinaux, ayant été par ailleurs Premier Lauréat de la Conférence du Stage? Lorsque j’ai été premier lau- réat de la conférence du stage, je n’ai pas sollicité de mandat ordinal essen- tiellement parce qu’à l’époque des contraintes liées notamment à l’exercice de la profession au sein du cabinet ainsi qu’à l’élaboration de ma thèse ne lais- saient pas la place à un tel engagement. Par la suite, estimant, ne pouvoir aider le barreau directement par des activités or- dinales, j’ai tenté de le faire notamment de plusieurs façons. De nombreux étudiants et élèves avocats, ont fait des stages au sein du cabinet, et parmi eux beaucoup l’ont intégré. Lors de ces stages, j’ai mis un point d’honneur à tenter de transmettre mon expérience d’avocat. J’ai également organisé des colloques et des séances de formation. J’ai voulu apporter aux confrères ma double vision du droit, théorique bien sûr, mais également pratique. J’ai compris qu’il y a certes la théorie du droit, mais en réalité, il y a des règles juridiques qui pratiquement et au fil du temps fonctionnent mal. On peut sur le papier avoir un bon procès et pourtant risquer de le perdre, j’ai pris pas mal de «claques» en la matière, qui m’ont très vite remis les idées en place. Qu’on le veuille ou non l’équité rode toujours quelque part autour de la demeure du droit ; c’est évidemment, me semble- t-il, encore plus vrai aujourd’hui, car l’époque actuelle influe sur le judiciaire. On peut disserter à l’infini sur le droit versus l’équité, je ne le ferai bien sûr pas. On sait que cette tendance est lourde, peut-être trop aujourd’hui. Par ailleurs, j’ai été chargé pendant de nombreuses années de la défense de confrères de notre barreau dans le cadre des procédures en responsabi- lité civile professionnelle. J’ai attaché une très grande importance à ces dos- siers que j’ai suivis en étroite collabora- tion avec les confrères concernés dont certains étaient très affectés ; je me suis attaché à les réconforter ce qui a, au surplus et le plus souvent, abouti à une collaboration fructueuse. Enfin, j’ai eu l’honneur de me voir confier par le bâtonnier Yann Ar- noux-Pollak la présidence de la com- mission formation. J’ai succédé à Marie-Christine Wassilieff, devenue avocat honoraire, Marie-Christine a participé activement, en qualité de membre aux travaux de la commission. Mon objectif a été d’ouvrir la formation, notamment sur la faculté et l’EDASE, c’est ainsi qu’au moins deux universi- taires (Vincent Egéa, Arnaud Lami) ont participé à nos travaux. Nous avons travaillé en parfaite collaboration, de même qu’avec l’EDASE, jusqu’au pre- mier confinement qui a, je dois le dire, compliqué les choses, mais Corine To- mas-Bezer et Agnès Stalla, membres également actifs de la commission, ont très efficacement participé à des formations en « distanciel » concernant les récentes réformes de la procédure civile. Ces formations ont été suivies par de nombreux confrères. Quel regard portes-tu sur le bar- reaudeMarseilleaujourd’hui? C’est un barreau que j’aime et qui a beaucoup évolué, il a su au fil des ans s’adapter à notre époque. Notre ordre dispose aujourd’hui de moyens que je HISTOIRE & MÉMOIRE DU BARREAU [ Les satisfactions qu’on peut avoir dans cette profession sont irremplaçables ] 49 | JDB MARSEILLE 1 / 2021

RkJQdWJsaXNoZXIy MTg0OTA=