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Journal du Barreau de Marseille numéro 1 - 2013 62
KULIBALY († 1755). Les griots expliquent sentencieuse-ment qu’il a pu traverser le Niger sans embarcation grâce à la bienveillance de Faro, le génie du fleuve, dont il avait épargné la fille surprise volant des légumes (Kulibaly signifie « sans pirogue » en bambara). En 1800 le fama (roi) de Ségou, MONZON DIARRA, occupe et annexe Tombouctou qu’il châtie durement en 1803 pour avoir cru pouvoir refuser l’impôt. Il refoule impitoyablement les Touareg dans le désert. Son fils, le fama DA DIARRA (1808-1827), s’efforcera de résister à la poussée militaire de la Diina.
L’EMPIRE DE LA DIINA
(delta intérieur du Niger)(1825 - ≈1863)
Le marabout peul Seku AHMADU (1773-† 1844/45)(seku est une déformation du mot « cheick ») écrase le fama de Ségou DA DIARRA en 1818 et impose l’état théocratique de la Diina - plus connu sous la dénomination d’empire du Macina - régi par la charia malékite (Diina signifie « foi en l’Islam »). Il prend les titres de sise al-Masini et d’amir al-Mu’minin (commandeur des Croyants), déclare le jihad contre les animistes (Bambara, Soninké, Peul, Dogon, etc), fait régner la terreur et rase la grande mosquée de Djenné dont l’excessive beauté lui paraît offenser l’Is-lam… Il établit une nouvelle capitale Hamdallaye (signifiant « loué soit Dieu ») près de Mopti. Tombouctou est prise en 1825.
El Hadj UMAR TALL (≈1797 - † 1864), érudit et soufi musulman toucouleur (de langue pulaar c’est-à-dire peul), né au Fouta Toro (Sénégal), lance le jihad en 1848/50 avec des troupes équipées d’armes européennes obligeam-ment fournies par des trafiquants britanniques en Sierra
Leone. Il attaque notam-ment le royaume du Khas-so (à cheval sur le Sénégal et l’ouest du Mali) et y assiège pendant 97 jours Fort Médine, poste avancé français, non loin de Kayes, établi là avec l’au-torisation du roi DIUKA SAMBALA DIALLO. Fort Médine est libéré le 18 jui l let 1857 par Louis FAIDHERBE, gouverneur du Sénégal, survenu en bateau sur le fleuve Séné-gal avec des renforts alors que la garnison, épuisée, était précisément sur le point de capituler. Le 10 mars 1861 UMAR TALL prend Ségou la rouge puis la capitale de la Diina, Hamdallaye, le 16 mars 1862, et bâtit l’empire théocratique toucouleur (déformation du nom de l’ancien royaume originaire, le Tekrour). Il se jette sur Tombouctou en 1863 mais il essuie un échec.
Dès lors Tombouctou reste aux mains des Touareg et échappe de facto à tout contrôle étatique.
Le 12 décembre 1893, à la tête de deux canonnières des-cendant le Niger, le lieutenant de vaisseau Gaston BOITEUX plante le drapeau français à Tombouctou qu’il déclare occuper au nom de la République. 119 ans plus tard, le 11 janvier 2013, le lieutenant Damien BOITEUX est le premier soldat français à tomber au combat pour la libé-ration du nord du Mali à quelques kilomètres de Tom-bouctou. Il appartenait au 4ème régiment d’hélicoptères des Forces spéciales.
France, Mali, étrange destin.
Sources :
- Histoire universelle, tome III, La Pléiade, Gallimard, 1958.
- Sunjata le fondateur de l’empire du Mali, Adam Konaré Ba, LNEA, 1983.
- Biton Koulibaly fondateur de l’empire de Ségou, Lilyan Kesteloot, LNEA, 1983.
- El Hadj Omar le Prophète armé, Emile Ducouray, LNEA, 1983.
- Illustrations de Senani, KaTeznik, Marruecos 1500-1515, Wikipédia.
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