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CULTURE

Journal du Barreau de Marseille numéro 1 - 2013 60

vertes qu’il partagera symboliquement avec LAING, son prédécesseur malheureux. Le héros de Tombouctou expli-quera plus tard qu’il s’était nourri du « Robinson Crusoe » de Daniel Defoe…

TIN-BUKTU

Quelle est donc cette ville voilée de mystère, de respect mystique et de crainte diffuse, cette ville aux 333 saints, cette « perle du désert », ce haut lieu spirituel de l’Islam ? Sise à l’exact confront de deux mondes violemment et caricaturalement opposés, sa porte méridionale marque l’extrême limite nord de l’immense delta intérieur du Niger qui, sous l’impulsion de son affluent le Bani, se perd en mille bras, canaux, méandres et marais sur quelques 300 km de terres particulièrement riches qu’il inonde chaque année d’une crue nourricière à l’instar du Nil. A l’opposé sa porte nord s’ouvre sur les immensités secrètes des déserts sahariens, des pistes caravanières dites de « l’Azalaï » vers le nord-ouest et les antiques mines de sel de Teghazza (disparues) et de Taoudeni ou des pistes du « Taghlamt » vers l’est, Agadez (Niger) et Bilma. Peuplée essentiellement de Touareg, de Sonrhaïs et d’Arabes, c’est par la culture commune, au plus haut niveau, qu’elle unit cette disparité ethnique : ses trois grandes madrasa ont compté jusqu’à 25 000 étudiants (Djingareï bèr bâtie au XIVe siècle, Sankoré fondée au XVe siècle et Sidi Yahya

construite de 1400 à 1440). Inscrite en 1998 par l’UNESCO au Patrimoine mondial de l’humanité, elle recèlerait entre 100 000 et 300 000 manuscrits rares et précieux, religieux et scientifiques, dont les prédateurs salafistes n’ont heu-reusement pu détruire qu’une très petite partie avant l’entrée salvatrice des troupes françaises et maliennes le 28 janvier 2013. Ansar ad-Din a malheureusement pu saccager à coups de pioche le 2 juillet 2012 la porte sainte de la mosquée Sidi Yahya, qu’il était interdit d’ouvrir avant la fin des temps, ainsi que sept mausolées.

La légende veut que la ville ait été fondée au XIe siècle par les Touareg autour d’un puits (« tin » en tamasheq) dont la gardienne mythique se nommait Buktu mais les Sonrhaï leur disputent cette paternité.

L’EMPIRE DU MANDEN

(Mali et Sénégal)(milieu XIIIe siècle – 1458)

La première attestation historique de Tombouctou remonte à l’empire malinké du Manden lorsque le mansa (roi des rois) KANKAN MUSSA ordonne, en 1325, la construction de la madrasa de Djingareï bèr (« bèr » signifie grand) confiée à l’architecte andalou Abu es-HAQ es-SAHELI qui bâtira également la mosquée de Gao et sera considéré comme le fondateur du style monumental soudanais (bâti-ments en banco et bois). La mosquée peut recevoir 10 à 12 000 fidèles.

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