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LIBREs PROPOs

Journal du Barreau de Marseille numéro 1 - 2013 29

Zanuck. C’est Henry Fonda alors très jeune qui se colle au rôle de Lincoln.

Une coupure de presse datée du 12 avril 1837 nous renseigne : Lincoln s’est associé avec un certain JT Stuart (complètement oublié quant à lui). Ils s’installent au 4 Hoffman’s Raw. Si en arrivant dans la ville sur un ânon, Lincoln s’est attiré des moqueries, il va devenir célèbre en défendant notam-ment l’Illinois Central Railroad. Il commence dans le film de Ford par jouer …au juge ou à l’arbitre en mettant d’accord deux types qui se disputent et en utilisant une méthode de fixation de ses hono-raires pas inintéressante.

Un jour il va défendre un type accusé de meurtre. John Ford raconte cet épisode et le procès pendant environ quarante minutes du film! On voit Lincoln plaider. Enfin ! John Ford, de manière symbolique et habile, va creuser le sillon de sa gloire et de sa postérité dans l’esprit des américains. C’est l’un des effets de « L’homme qui tua Liberty Valance » sorti en 1962 qui a priori n’a pas grand-chose à voir avec la figure lincolnienne. Quoique… C’est l’histoire d’un sénateur (tiens, tiens) revenant, âgé, dans une petite ville, pour l'enterrement de Tom Doniphon (John Wayne). Il évoque avec un journaliste l'époque où jeune diplômé en droit, il y débarquait avec l’amour de la Loi et des codes chevillé à l’âme. Il va se heurter à une autre loi, celle des armes et au colt d’un certain Liberty Valance (grand rôle pour Lee Marvin). Tout le film est construit sur un premier duel (moral et verbal) : à Doni-phon qui n’en démord pas - seule la poudre permet de se faire respecter- Stoddard explique que seule la voie légale est défendable. Il y aura ensuite un second duel : entre

Stoddard et Liberty, mais là je n’en dis pas plus. Des fois que certains aime-raient voir le film je ne vais pas déflorer l’histoire… A un moment , Stoddard face à Liberty lui dit "Je suis avocat !". En guise de réponse ça lui vaut d’être rossé ! Il ne faisait pas bon d’être avocat dans l’Ouest. C’était net-tement mieux dans le Sud : ça rapportait mieux comme en témoigne le statut de l’avocat de Candie dans « Django Unchained » de Tarentino (2012). Il fallait accepter d’être du côté des nantis et des esclavagistes.

Le film de Ford ne traite donc pas de Lincoln. Mais comme le souligne Jean Roy « La presque similitude entre les périodes choisies par Ford dans Young Mr Lincoln et dans ce film est frappante et permet d’emblée de considérer le film comme la projection de tout ce que Young Mr Lincoln avait de symbolique sur un personnage parfaitement humain » (« Pour John Ford », Editions du Cerf, p. 130). Ainsi, le jeune avocat laissera définitivement sa trace dans l’inconscient collectif américain et l’imaginaire cinéphilique des autres.

On connaît la fameuse phrase de journaliste dans « L’hom-me qui tua Liberty Valance » : « Dans l’Ouest quand la légende dépasse la réalité, on imprime la légende ». Cela vaut aussi pour le cinéma.

A un moment, Stoddard face à Liberty lui dit "Je suis avocat !". En guise de réponse ça lui vaut d’être rossé ! Il ne faisait pas bon d’être avocat dans l’Ouest.

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