Ordre des avocats au barreau de Marseille
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RENTREE SOLENNELLE : Discours #2 Hommage aux avocats du barreau de Marseille qui ont fêté 50 ans de barre








Chère Martine, depuis 50 ans, tu incarnes la profession d’avocat que tu exerces avec délicatesse, élégance et pugnacité. C’est un vrai plaisir pour moi de te remettre cette épitoge brodée en remerciement de ces 50 années de barre au cours desquelles tu as honoré le barreau de Marseille.






Me Gérard Daumas, mon cher Gérard, je suis honoré de te remettre cette épitoge brodée, à toi qui a créé un très beau cabinet marseillais, qui a tant participé à la vie ordinale et qui est un confrère toujours de bonne humeur et apprécié de tous.





Monsieur le bâtonnier Christian Lestournelle, cher Christian, que dire de ton parcours, de ton dévouement pour le barreau  de Marseille et pour la profession d’Avocat, si ce n’est que ton sens de l’engagement,  

ta bonhommie et ton talent d’avocat sont un exemple pour nous tous.






Il y a des jours heureux où l’on célèbre des anniversaires, d’autres, plus grave, que l’on nomme commémoration.






Faisons tous un effort collectif et individuel de mémoire :
Ou étiez-vous il y a 20 ans ? Que s’est-il passé pendant ces années ?
Je ne veux évidemment pas parler de ma prestation de serment qui n’est un fait historique que dans la mémoire de mes parents.
Non, je vous parle de ce tribunal, symbole de la justice.
Il y a 20 ans, s’est déroulé ici pour la dernière fois l’audience de rentrée solennelle de la conférence du barreau de Marseille. Depuis, nos rentrées, aussi belles soient elles, ont beaucoup voyagé. Il aura donc fallu 20 ans pour que nous nous retrouvions enfin … de nouveau … chez nous ! 

« Parce que les avocats au palais de justice ne sont pas en transit temporaire : Ils sont chez eux » comme le rappelle avec talent le bâtonnier Allegrini.
Mais avons-nous encore notre place en ces mûrs, dans les palais ? 
Que s’est-il passé ?

Il y a longtemps, je me rappelle du jeune homme que j’étais et que l’on surnommait « Raph », j’étais un timide les yeux remplis d’espoirs, la peau lisse que le temps passé sur les dossiers n’avait pas encore plissée, je portais des costumes trop grand pour étoffer mes épaules que je pensais, à raison, trop frêles. Je suis là devant les marches imposantes du palais, et pour financer mes études je commence ma première journée comme assistant de justice de ce tribunal. 

La porte franchie, ce monde se révèle accueillant, les avocats, les magistrats et les greffiers se côtoyaient dans une ambiance bienveillante et l’on pouvait aller de bureaux en bureaux sans barrière avec pour seule consigne : le respect !!!

« Raph, on va faire un foot contre l’équipe du barreau tu viens ? » Encore peu de temps avant, les bureaux de la maison de l’avocat n’étaient pas rue Grignan mais ici au 1er étage ! On était moins de 1000, c’était il y a une éternité.
Mais alors, que s’est-il passé ? 

Le manque de moyens financiers et humains récurrents, les multiples plans Vigipirate ou encore sanitaires ont fermé et sécurisé à outrance les bureaux, l’absence de lieux et d’évènements communs conviviaux, l’accroissement significatif du nombre d’avocats, la gestion quotidienne des flux, la production normative effrénée… Il est Impossible de relater tous les tournoiements passés ces 20 dernières années mais une chose est sûre : l’on s’interroge encore sur ce qu’il s’est passé. 

Est-ce que ces explications sont à l’origine de notre éloignement ou ne sont-elles que la conséquence d’un désamour plus profond ? Malgré la légende urbaine facile, moche et sournoise : il n’y a ici quasiment que des femmes et des hommes dont le cœur bat à l’unisson pour l’œuvre de justice.
Mais alors que nous sommes d’accord sur les principes, que s’est-il passé ? 

Est-ce la mise en œuvre qui perturbe le système judiciaire ? 
Nous nous rencontrons en une période de crispation qui s’est agglomérée depuis des années entre nos deux corps.

Plus récemment certaines tensions et incidents ont été nourris par de nombreuses réformes où les avocats ont été privés de faire entendre leur voix et par des actions où nous avons été trop souvent considérés comme de vulgaires sous-traitants sans égard pour nos propres aspirations et conditions de travail. 
Comme toujours en pareil cas, une infime minorité de chaque côté de la barre est prête à exploiter ces tensions. Le risque est l’emmurement des magistrats qui, face au manque criant de moyens, se sentent abandonnés.
Il y a pourtant eu de chaque côté des appels à l’aide : de la part des avocats pour lutter contre des conditions de travail insupportables, de la part des magistrats et greffiers, la tribune des 3000 véritables appels au secours d’un corps en danger...




Visualisez une planche en bois, à chaque coup porté à la justice c’est un clou planté : bim décret Magendi… bam loi de programmation et de réforme pour la justice… boum loi de confiance en l’institution judiciaire…. Attendez […] Je retire ces trois clous… il y avait aussi dans ces réformes quelques petites avancées (la procédure participative, des moyens supplémentaires pour la justice, l’acte contresigné par avocat…). 

Mais… Visualisez de nouveau notre planche en bois : à l’endroit où il y avait des clous demeurent encore des trous…
Quand notre planche sera criblée de trous ce sera trop tard et irréparable, alors oui l’heure est grave… 

Nous ne pouvons plus nous demander ce qu’il s’est passé… nous devons agir, et laisser de côté le conflit, l’hostilité et la discorde.

La question n’est donc plus ; que s’est-il passé mais comment allons-nous y arriver ? 
En souhaitant revenir ici en ce jour, c’est notre participation à un nouveau commencement pour la justice, qui sera construite sur le respect mutuel, la tolérance, la dignité et le progrès ; qui se fondera sur le fait que avocats et magistrats ne sont pas exclusifs l’un de l’autre et ne sont pas voués à se faire face. 
Je suis convaincu que pour avancer, nous devons dire ce que nous avons sur le cœur et qu’il doit y avoir un effort soutenu de chaque corps pour s’écouter, apprendre l’un de l’autre et chercher des terrains d’entente. 
Le travail d’un bâtonnier est de rester humble mais ferme pour défendre nos intérêts communs qui doivent triompher de ce qui nous sépare.

Tout comme le magistrat n’est pas la grossière caricature de celui qui n’écoute plus et qui ne pense qu’à ses statistiques et son avancement, l’avocat n’est pas l’homme mué que par ses propres intérêts personnels, son chiffre d’affaires et son égo prononcé.

Non, nous ne sommes pas cela, arrêtons de nous concentrer sur des cas clichés et parlons de la grande majorité de celles et ceux qui font la justice au quotidien. 

Mais alors que va-t-il se passer ?
Nos besoins ne seront satisfaits que si nous agissons avec audace, courage et panache car c’est bien ce dont la justice a besoin. 
Si nous comprenons enfin que nous sommes les seuls à pouvoir sauver la justice, alors nous aurons avancé. 








Mais que va-t-il se passer ? 

Personne ne viendra nous sauver, notre destin commun nous appartient : 
- nous devons braver le désintérêt des gouvernements successifs,
- nous devons braver le déplacement du procès du tribunal judiciaire vers le tribunal médiatique, 
- nous devons braver les attaques incessantes d’autres corps de métiers sur le prétendu laxisme de notre justice.

Mais que va-t-il se passer ?

Je ne peux pas prédire l’avenir mais si nous ne faisons rien ensemble alors ces menaces deviendront réalité.

Mais alors comment cela va-t-il se passer ? 

Il faut continuer à trouver des solutions de terrain, j’oserai même dire que bâtonnier et chefs de juridictions, nous sommes les « Mac Gyver » de la justice du 21ème siècle et les inventeurs d’une justice qui tient encore debout.

Ainsi, il ne se passe pas un mois sans que nous devions agir avec réactivité :

ici nous signons la convention de dématérialisation de la procédure de saisie immobilière, là nous matérialisons en quinze jours l’arrivée de la prise de date sans aucune aide de la chancellerie, ici encore nous réorganisons nos services dans le cadre de la réforme complète mais non concertée de l’aide juridictionnelle, sans parler même de l’AJ garantie censée fluidifier le traitement de la chaîne pénale sans avoir pensé à faciliter les règlements des avocats, et là les médiations et ici et là une réforme du code de justice pénal des mineurs véritable tsunami dans les rôles respectifs de chaque professionnel, je vais éviter d’allonger le catalogue à la Prévert mais je pourrais vous citer encore tellement plus de procédés mis en place. 
Je tiens ici à vous remercier solennellement, chers président Leurent, Madame la procureure de la République Laurens pour le travail que nous avons effectué depuis ses 18 derniers mois pour la confiance et la loyauté partagée entre nous. 
Il nous reste encore du travail car certaines chambres civiles, je pense notamment à la 2éme et la 3éme sont très encombrées et je ne parle même pas de la juridiction du contentieux de la proximité qui atteint le seuil de tolérance tant les délais en référé et au fond sont trop longs.

Nous devrons avancer sur ces sujets dans les prochains mois et que dire de la grande cité judiciaire que l’on nous annonce d’ici dix ans.

Ou plutôt devrais-je l’appeler la grande cité judiciaire itinérante :
Le lundi elle s’implante aux Docks, le mardi à la Capelette, le mercredi à Aix les Milles, le jeudi à la caserne du Muy, le vendredi au rond-point du Prado et que sais-je encore ?
Nous les avocats nous souhaitons que Marseille soit dotée de la grande cité judiciaire qu’elle mérite mais nous sommes inquiets du lieu de son implantation et de la question de son éloignement du centre-ville historique de Marseille.

Comprenons-nous bien, il ne s’agit pas seulement de contingences quotidiennes, non il s’agit de la question centrale de la place de la justice dans cette ville, cette ville de tous les déséquilibres et ou ici plus qu’ailleurs le symbole fort de la justice doit rayonner dans toute la ville en se propageant à partir de son hyper centre.
J’appelle tous les décideurs, coté chancellerie, coté palais, coté état, coté collectivités locales à la responsabilité et le barreau sera entendu sur cette question j’en prends l’engagement sachant que j’ai déjà rencontré des élus de la nation, des collectivités locales et du monde économique.



Je n’oublie pas non plus les échanges constructifs avec les juridictions administratives qui ont permis par exemple : 
- la création d’un point d’accès à la justice au sein même du tribunal administratif et je m’autorise un salut amical à la présidente Bonmati qui prendra une retraite bien méritée dans quelques mois, 
- la mise en place de formations d’excellence avec les magistrats de la Cour administrative d’appel dirigée par Madame la présidente Helmlinger. 
Je pense encore aux chefs de Cour et je salue l’engagement personnel du président de la Cour d’appel d’Aix-en-Provence Le Breton de Vanoise qui est venu dispenser une formation sur la procédure participative dans les locaux de la Maison de l’avocat et Madame la procureur générale Le Queau qui a accepté de témoigner face caméra pour la journée de la femme organisée par le barreau de Marseille aux côtés de nombreuses autres professionnelles de la justice.

Merci à Monsieur Latreille président du tribunal de commerce pour les formations techniques organisées en commun et à Monsieur Oudenot, chef de Greffe, avec qui nous avons créé un mail dédié pour les avocats du barreau de Marseille ce qui a pu régler en grande partie les difficultés rencontrées par les avocats qui font du conseil.
Mes remerciements vont encore à Madame la présidente Tarizzo et Monsieur le vice-président Cervetti du Conseil de prud’hommes de Marseille avec qui nous poursuivons nos discussions afin de parvenir à la mise en place effective de schémas de mise en état qui amélioreront le traitement des dossiers dans un délai raisonnable mais également les droits des parties et de leurs avocats. 

Enfin, je veux remercier tout particulièrement et très chaleureusement toutes celles et ceux qui ont travaillé avec moi pour leur dévouement et engagement sans faille, qui n’ont pas compté leur temps, parmi eux les élus du Conseil de l’Ordre et de la Carpa, les responsables des commissions, les délégués généraux du bâtonnier, je veux vous redire combien j’aime travailler avec vous et combien toutes ces réussites que je viens de citer sont d’abord les vôtres et que nous avons encore six mois de travail en commun à réussir.
Aujourd’hui vous l’aurez compris nous commémorons la justice passée et participons à l’entrée dans une nouvelle ère.
Je laisse la parole aux lauréats qui sauront j’en suis sûr être les dignes héritiers des sillages que les ouvriers de la justice actuelle que nous sommes ont su creuser.

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