Ordre des avocats au barreau de Marseille
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Entretien avec Me CHARLES BENOIT

 

 

 

Lauréat de la Conférence, Me Charles Benoit, avocat au barreau de Marseille depuis 2018, a accepté de nous raconter sa participation au célèbre concours de plaidoiries du Mémorial de Caen, où il a remporté le prix des barreaux de Caen et de Paris, de la Conférence des bâtonniers, du Conseil national des barreaux et le prix du Public.
Nous espérons que cette lecture sera toute aussi enrichissante et inspirante que le moment chaleureux qu’il nous a accordé pour nous raconter son expérience.

 

 

Pourquoi avoir participé au Concours de plaidoiries du Mémorial de Caen ?

J’ai participé à ce concours sur les incitations de mon confrère et ami, Me Xavier Pizzaro, également lauréat de la Conférence du jeune barreau ; ce qui m’a coûté un déjeuner étoilé en raison des deux prix remportés, même s’il a commis l’erreur de s’engager à offrir le vin, je crois qu’il est aujourd’hui en redressement judiciaire !

Comment s’organise ce concours de plaidoirie ?

C’est un concours en deux temps. Il y a d’abord une sélection sur vidéo au cours de laquelle nous devons déclamer notre discours pendant deux à trois minutes devant une caméra. L’exercice est terrible, c’est une purge. Mais il faut y faire attention puisque c’est assez sélectif, seulement dix participants sont retenus. Ensuite, la finale, qui se déroule en public au Mémorial de Caen.

Les sujets de plaidoirie sont-ils imposés ou bien les candidats sont-ils libres de déterminer leur sujet ?

Ils sont libres, c’est au candidat de choisir une cause. Il y a quand même une coloration droit de l’hommiste au concours, et d’ailleurs, on m’avait conseillé de choisir une violation des droits de l’homme bien internationale, bien éloignée de la France.
Pour ma part, je trouve cela assez hypocrite puisqu’il y a des atteintes en France qui sont patentes et qu’il n’y a nul besoin de parcourir des milliers de kilomètres et de s’indigner en prenant tel cas affreux du statut de la femme au Tchad, des mariages forcées, de l’excision ou des ouïghours. C’est pourquoi j’ai adopté un raisonnement inverse et j’ai réfléchi à ce qui me choquait en France. En l’occurrence c’était le mépris généralisé accordé à la liberté d’expression et je me suis demandé où je pouvais trouver une violation gravissime de cette liberté à l’international, afin de cadrer quand même avec l’esprit du concours. J’ai rapidement trouvé dans la presse le cas du célèbre écrivain hispanique Sergio Ramirez qui a fait l’objet d’un mandat d’arrêt parce qu’il avait seulement publié un roman critiquant le pouvoir en place.

 

 

 

[ Un avocat m’a dit un jour : « le plus difficile,
en tant que jeune avocat, c’est de trouver sa patte », et c’est très vrai.]

 

 

J’ai alors décidé de faire de ce cas une sorte de plaidoyer afin de défendre la liberté d’expression.
A mes yeux, la liberté d’expression est la liberté maîtresse parce que toutes les autres en découlent : c’est un peu comme les droits substantiels et la procédure, contrairement à ce qui est généralement admis, c’est la procédure qui forge les droits substantiels, car sans procédure, il est impossible de faire valoir ses droits. Sans liberté d’expression, plus de débats, plus d’idées, et donc plus de libertés.
J’ai également choisi Sergio Ramirez parce que j’aimais bien l’idée de défendre un puissant. On protège beaucoup le faible du fort mais on protège rarement le fort du faible. Prendre la défense d’un fort c’est inattendu, surtout dans ce concours.

As-tu participé à d’autres concours de plaidoirie ?

J’ai participé à la conférence du jeune barreau et à quelques concours dans le cadre universitaire. Lorsque c’est bien fait, je trouve ça enthousiasmant. Le métier d’avocat peut vite rendre paperassier et ces concours permettent de nous rappeler qu’il est important de mettre du souffle dans ce que l’on fait.

Dans ta profession d’avocat comment prépares-tu tes plaidoiries ?

Selon moi, le plus important, c’est l’organisation des idées. Si les idées sont claires avant de prendre la parole, on peut convaincre. Si elles ne le sont pas, on ne peut pas être performant. L’écrit aide, il permet de confronter son raisonnement à la réalité de la formulation. Pour ma part, une fois mes conclusions rédigées, je réfléchis à quelques phrases percutantes que j’écris pour l’oral.

Quelles sont les armes les plus efficaces pour plaider ?

Je dirais que l’humour est sans aucun doute l’arme la plus efficace. Si les magistrats rient, c’est que c’est juste. Le pathos en revanche c’est plus difficile, je crois que les magistrats y sont rarement sensibles de la part de l’avocat, sauf lorsqu’il est génial, ou lorsque le pathos émane du prévenu ou surtout, des parties civiles.

Quels sont les conseils que tu pourrais donner aux jeunes confrères qui s’apprêtent à plaider pour la première fois ou pour tous ceux qui veulent tenter un concours de plaidoirie ?

J’ai deux conseils : le premier, c’est de ne pas écouter mes conseils. J’ai trois ans de barre. Le second, c’est de trouver le style qui nous correspond. Tout le monde est original, tout le monde a une singularité qui le rend différent des autres. L’important c’est d’exprimer cette singularité et de l’exprimer bien et de ne pas tomber dans l’erreur de tenter de ressembler à untel…

Un avocat m’a dit un jour : « le plus difficile, en tant que jeune avocat, c’est de trouver sa patte » et c’est très vrai. Le plus difficile c’est de trouver son truc à soi, son harmonie pour être authentique. D’ailleurs, je n’y suis toujours pas arrivé.

 

 

 

Parcours

Maître Charles Benoît est avocat pénaliste au barreau de Marseille.
Après avoir été formé au sein du cabinet Dupond-Moretti & Vey puis au sein du cabinet Temime, il rejoint le cabinet marseillais Fayolle Associés.

Propos recueillis par 
Me Julie Gautier et
Me Martin Rey
Membres de la CJB

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