Ordre des avocats au barreau de Marseille
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Entretien avec Me André Floiras

 

 

 

 

Pour ce nouveau numéro, le Journal du barreau est allé à la rencontre de Maître André Floiras, un tout jeune avocat … honoraire. En raccrochant la robe le 31 décembre 2020, après plus de 44 années de barre, nous lui avons demandé de se remémorer ses plus grands souvenirs, mais également de nous parler de son métier d’avocat : celui d’un avocat pénaliste. Pour ceux qui ont eu la chance de partager avec lui des moments de vie professionnelle et conviviale nous tenons à vous rassurer : il n’a pas perdu une once de son franc-parler ni de sa bonne humeur légendaire. Difficile cependant de lui proposer une interview « classique ». Voici quelques extraits d’une belle discussion « à bâtons rompus » 

 

 

 

 

Bonjour André, Peux-tu nous rappeler tes débuts dans notre profession ?

André Floiras : J’ai prêté serment le 22 novembre 1976 à vingt et un ans et quatre jours. A cette époque il y avait moins de 400 avocats inscrits au barreau. Et cette année-là, notre promotion ne comptait pas moins de 35 nouveaux confrères… pour tout le Sud-Est. Ce qui était compliqué pour tout le monde, car autant d’avocats cela ne s’était jamais vu auparavant.
A cette époque on était payé « avec un lance-pierre » ; certains collaborateurs n’étaient pas payés, mais moi j’avais la chance d’avoir 800 francs (120 euros pour ceux qui n’ont pas connus). Avec un loyer de 1200 francs, cela ne faisait pas beaucoup. J’ai heureusement pu compter sur mon épouse, sinon je n’aurais pas pu poursuivre ce métier.
Les commissions d’office existaient 

déjà, mais elles n’étaient pas rétribuées (« c’était gratos »). J’arrivais régulièrement à en obtenir, et très vite je me suis retrouvé à plaider trois à quatre fois par jour en correctionnelle.
Puis quelques semaines après ma prestation de serment, mon maître de stage, Jean-Michel Bottai, s’est lancé dans la campagne électorale des élections municipales de Miramas. Il m’a alors demandé de m’occuper de ses dossiers, en précisant que je pouvais me rapprocher de son père en cas de difficulté. Je me voyais mal embêter un « ponte » comme Raoul Bottai, alors ces premiers mois ont été particulièrement formateurs. J’ai fini par m’installer assez rapidement, après deux ans et demi d’exercice.

Si tu devais nous raconter un de tes premiers souvenirs de barre, ce serait lequel ? 

Sans hésitation, une anecdote que j’ai 

peut-être déjà racontée à certains d’entre vous. C’étaient mes premières assises avec mon maître de stage. Nous étions partie-civile, et Maître Emile Pollak se trouvait en défense. 
En plein procès mon maître de stage décide de rentrer au cabinet en me laissant seul, prétextant que je connaissais bien le dossier. A cette époque les avocats des parties civiles et ceux de la défense se trouvaient sur le même banc, parce qu’en face il y avait la presse. 
Après avoir posé une question, je me rappelle avoir ordonné à Emile Pollak de se taire lorsque je prenais la parole (nos lecteurs comprendront que nous ne pouvons retranscrire l’exactitude des propos tenus). 
Puis je le vois se retourner vers moi et me dire « Bien joué petit ! ».
A la fin du procès il vient vers moi avec une cohorte de journalistes et me demande de lui rappeler mon nom. Il se tourne vers les journalistes et exige qu’il soit dans l’article du lendemain. J’ai eu mon premier article de presse grâce à Emile Pollak ; c’était vraiment un sacré moment !

 

 

 

[  J’ai eu mon premier article de
presse grâce à Emile Pollak ;
c’était vraiment un sacré moment !]

 

 

 

Quelles sont les évolutions de notre métier qui t’ont le plus marquées ? 
C’était une autre époque car aujourd’hui on ne plaide plus. C’est ce que je regrette vraiment. Depuis quelques années, devant le tribunal correctionnel notamment, on voit certains magistrats montrer des signes d’impatience. 
Moi, ils me connaissaient, ils savaient qu’à tout moment ça pouvait exploser, alors ils me laissaient plaider le temps que je voulais (« je suis sympa mais faut pas m’em… »). Mais chez les jeunes c’est souvent malheureusement différent. Alors que lorsque l’on est jeune, on doit apprendre et c’est donc là qu’il faut plaider.
Ce que je vois également, c’est une forme de régression de la confraternité dans nos rangs. On conclut la veille pour le lendemain alors qu’on pouvait le faire depuis longtemps.
Au pénal j’ai pu voir fréquemment le confrère qui débarque un commis d’office sans même le prévenir ; de mon temps ça n’existait pas car on était immédiatement convoqué et sermonné par le bâtonnier.
J’ai aussi l’impression que l’avocat est devenu un robot qui privilégie le chiffre avant tout. C’est louable car il faut de l’argent pour vivre et que nous sommes taxés de toute part. 

Mais sans vouloir faire le vieux grincheux, ça n’est pas ma conception. C’est peut-être aussi pour ça que je ne suis pas riche. Pour moi ça a toujours été l’Humain avant le fric. Et c’est pour ça que parfois j’aidais des jeunes confrères aux assises de façon désintéressée. Très souvent ils me proposaient de partager l’aide juridictionnelle.
Parce qu’on en avait parlé, que je proposais de venir et que ça rassurait. Je l’ai fait une bonne dizaine de fois.

Justement, en parlant des jeunes avocats, comment peut-on favoriser leur épanouissement ? 

Pourquoi ne pas revenir aux consultations gratuites de mon époque. Je me rappelle que toutes les semaines, un membre du Conseil de l’Ordre recevait, avec les stagiaires, les consultations gratuites. Nous devions être tous présents, et en robe. 
On ne rigolait pas mais c’était très formateur. Le membre du Conseil de l’Ordre sollicitait nos avis, et lorsque l’on donnait un bon conseil juridique, on avait le droit de laisser notre carte. C’était très contraignant mais il y avait un véritable encadrement.
C’est pour cela qu’il y a quelques années, la commission pénale avait émis l’idée qu’un de ses membres serait de permanences à chacune des audiences de comparutions immédiates, pour aider et guider les confrères. 
Malheureusement, faute de temps ou de volontaire, ça n’a jamais pris (« Ma foi, peut-être un jour ! »).

Parlons encore un peu des jeunes avocats. Tu as certainement des conseils à leur transmettre ? 
Evidemment, mais je suis resté comme les « vieux croûtons » : la tradition orale. Ce qui sort de la bouche d’un avocat doit rentrer dans l’oreille de l’autre et ainsi de suite. Faites très attention à conserver ce privilège en limitant au maximum les dépôts des dossiers.
Pour ma part, je n’ai jamais écrit aucune plaidoirie ni pris une seule note. Improviser je savais faire. 
La seule fois où je l’ai fait, je me suis pris les pieds dans le tapis et c’était « le bordel ». Je me suis dit que j’allais être carré et au bout de dix minutes je ne savais plus où j’étais. Je ne sais pas si on peut le considérer comme un conseil, mais c’était ma façon d’exercer.

André, merci pour tout. Une dernière question : Après 44 ans de barre, il y a surement quelque chose qui te manque dans notre profession ? 

Je pense que vous l’avez compris : c’est de plaider !!

 

 

 

PROPOS RECUEILLIS PAR 
MES JULIE GAUTIER, 
KEVIN LEFEBVRE-GOIRAND 
et JEAN-BAPTISTE BLANC

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