Ordre des avocats au barreau de Marseille
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Entretien avec Monsieur le bâtonnier Jean-Raphaël Fernandez : BILAN ET PERSPECTIVES

 

 

 

En cette fin d’année 2021, le Journal du barreau de Marseille a souhaité rencontrer le bâtonnier Jean-Raphaël Fernandez. L’occasion de revenir sur une première année de mandat bien chargée, mais également de connaître son ambition pour notre barreau pour l’année qui vient, et plus généralement échanger sur sa vision de la profession.

 

Monsieur le bâtonnier, l’année qui s’achève a été particulièrement lourde pour la profession d’avocat. Que retenez-vous avant tout ? 

Après une année 2020 qui restera sans doute comme l’une des plus difficiles de l’histoire de la profession, je retiens qu’en 2021 nous sommes toujours debout et tournés vers l’avenir.
Dès le début de mon mandat, j’ai travaillé avec les élus afin de préparer au mieux les services collectifs de l’Ordre dans l’hypothèse où au sein de notre barreau, nous connaîtrions une hausse des confrères en difficulté. A ce jour, cette hausse n’a pas eu lieu et compte tenu des amortisseurs économiques, nous pensons qu’elle pourrait être décalée à la fin du premier semestre 2022.
Cela ne nous a pas empêché de densifier le travail de la Commission sauvegarde et solidarité du barreau, de mettre en place des process permettant de mieux identifier les confrères en difficulté, de les recevoir et de tenter de mettre en 

place des outils d’aide afin de les accompagner vers une meilleure gestion de cabinet.
Parallèlement à cela, un bon nombre de confrères ont profité de cette période de crise pour réorganiser leur cabinet, pour s’outiller sur le plan numérique et informatique. Ils se sont adaptés aux effets de la crise sanitaire sur leurs conditions de travail et ont réussi à faire face aux demandes de leurs clients.
Ce qu’il faut retenir avant tout c’est notre capacité individuelle et collective à faire face au changement. Cette force est ce qui nous permet de continuer à offrir à nos clients les meilleures stratégies et solutions juridiques à leurs problématiques.

Quel évènement vous a le plus marqué pour le barreau de Marseille ? 

La question est délicate car n’en retenir qu’un est extrêmement réducteur au regard notamment de l’activité de la Maison des avocats qui a été particulièrement dense ces derniers mois. S’il fallait quand même en choisir un, je retiendrai la Juris’Cup et ce, pour plusieurs raisons.

Tout d’abord, c’est la régate corporatiste du milieu juridique la plus importante d’Europe qui nous permet d’accueillir et d’échanger avec des professionnels du droit de tous horizons.
Ensuite, parce qu’elle met en lumière notre ville, Marseille, dont tous les atouts sont mis en avant durant ces quatre jours. De plus, elle propose un colloque de haut niveau juridique qui met en avant l’excellence des cabinets d’avocats de Marseille et de la région.
Elle est aussi l’occasion pour toutes les instances de la profession de se retrouver le temps d’un week-end et ainsi organiser leurs réunions de travail de rentrée.
Enfin, elle est aussi l’occasion, pour nombre d’entre nous, de se retrouver et de passer de bons moments de confraternité, ce qui est particulièrement appréciable en ces temps troublés.
Je crois d’ailleurs que pour sa 30éme édition, il n’y a jamais eu autant de monde que lors de la soirée du vendredi soir où j’ai pu voir de nombreux confrères marseillais simplement heureux de partager ensemble des moments de fraternité.

 

Confraternité, travail, échanges, éclairage positif sur notre ville et nos cabinets, voilà un bien bel événement qui magnifie le barreau de Marseille.
Mais je ne peux pas m’empêcher de dire un mot sur mon déplacement au Liban.
Ce fut mon seul déplacement à l’étranger de l’année mais quelle expérience !
Le Liban et au travers de lui, les avocats libanais qui traversent une crise de très haute intensité.
J’ai été accueilli en ami, il m’a été manifesté comme avocat français, une chaleur confraternelle et une reconnaissance profonde pour l’aide que nous leur apportons. A cette occasion, j’ai pu signer avec le barreau de Beyrouth une convention de jumelage pour renforcer nos liens et mettre en place des échanges entre nos deux barreaux.

Cela fait presque une année que vous êtes en poste, 
pouvez-vous revenir sur 
les différentes avancées 
qui ont été mises en place pour les confrères ?

Je souhaite d’abord vous dire que j’hérite d’une Maison de l’avocat forte et performante. La quantité et la qualité des services collectifs proposés aux avocats marseillais sont assez incroyables, et je trouve que parfois on a un peu trop tendance à l’oublier.
Nous poursuivons, comme toute institution, notre mutation numérique pour rendre nos services plus rapides, plus simples pour les avocats et pour les collaboratrices et collaborateurs de l’Ordre.
Malgré la crise sanitaire, malgré les absences de collaborateurs dues à la maladie ou à des accidents, les équipes de l’Ordre et de la Carpa répondent présentes pour la mise en place des évolutions indispensables et je veux ici les remercier pour leur engagement dans ce contexte.

Côté Carpa, nous sommes passés au système du mono-compte en septembre et déjà plus de 80 % des cabinets fonctionnent avec l’Iban-virtuel.
Ce changement succède à la disparition des chèques et la mise en place du Web Carpa qui est un véritable succès.
 Nous avons les délais de traitements les plus courts en France : il faut nous féliciter des choix faits et de l’engagement des collaborateurs de la Carpa dans leur mise en œuvre.
Je rappelle que lorsqu’un avocat marseillais fait une demande de règlement d’honoraires par Web Carpa, le virement sur son compte bancaire est quasi-instantané.
Côté Ordre, nous poursuivons le développement de l’accès à nos services pour les avocats de manière numérique afin de faciliter nos démarches comme enregistrer nos heures de formation ou déposer une demande de fixation en ligne.

 

Les confrères engagés dans la gestion des dossiers, notamment pour les honoraires, disposent maintenant d’accès à distance dématérialisés pour traiter les dossiers, le tout de manière très sécurisée bien entendu. Je veux souligner ici, que c’est par l’engagement de nos confrères, de manière bénévole, que 
les services déontologie, RCP et honoraires peuvent continuer à fonctionner normalement.
Les permanences civiles Covid ont été renforcées pour les audiences les plus importantes afin d’éviter aux confrères des déplacements chronophages.
Concernant la déontologie, et avant que la loi confiance en l’institution judiciaire ne vienne encore apporter des modifications (nous en parlerons dans le JDB début 2022), nous avons mis en place le référé déontologique et le visa du bâtonnier quand un confrère entend participer à une procédure judiciaire contre un autre confrère.

Concernant le référé déontologique, j’ai tenu avec un membre du Conseil de l’Ordre la première audience début octobre et nous pouvons nousréjouir que ce mécanisme permette, dans certains cas, de pouvoir débloquer des situations de différends entre confrères en des temps records.
C’était un des engagements de ma campagne et je suis satisfait de sa mise en place.

Il vous reste une année de mandat en qualité de bâtonnier de l’Ordre des avocats du barreau de Marseille ; que souhaitez-vous voir réaliser avant tout ? 

Le Conseil de l’Ordre a voté récemment des travaux d’urgence et de réhabilitation d’une partie des locaux de la Maison de l’avocat. Il est apparu en effet que la partie arrière des bâtiments côté « Montgrand » est en très mauvais état et que la toiture notamment, doit être reprise en totalité. Ce sera ainsi l’occasion de réhabiliter l’ensemble du bâtiment arrière et de bénéficier ensuite de toutes les salles de formation et bureaux actuellement fermés.

Les travaux vont également impacter la salle Albert Haddad où il est impératif de réaliser des travaux d’acoustique et de lumière, elle devrait être fermée de janvier à mars 2022.
La partie autour du patio va également faire l’objet de travaux avec pour objectif que cet îlot central redevienne le poumon de la Maison de l’avocat o% chaque confrère puisse venir Y passer un moment confraternel et studieux.

L’année 2022 sera également celle où le barreau devra se positionner sur l’avenir de la CARPA de Marseille : devons-nous continuer seul notre aventure ou est-ce que le temps de la fusion avec une ou plusieurs autres CARPA est venu comme on peut l’observer dans de nombreuses régions ?

Les élus de l’Ordre et de la CARPA travaillent sur cette question depuis de nombreux mois et nous arriverons mi-2022 au bout de la phase de réflexion pour pouvoir nous décider en toute connaissance de cause.2022 sera aussi l’année de l’achèvement de la dématérialisation des services collectifs de la Maison de l’avocat, apportant aux avocats et aux collaborateurs de l’Ordre des services en ligne plus simples et plus rapides.

 

 

2022 verra aussi naître le centre des modes alternatifs de règlement des litiges du barreau, qui doit nous permettre de devenir un acteur incontournable sur cette question sous peine que les dossiers nous échappent au profit d’autres professions.
2022 verra aussi l’éclatement du tribunal judiciaire de Marseille. Ce choix effectué il y a plusieurs années maintenant, découle d’un palais de justice sous dimensionné. Dés le 10 janvier, le pôle proximité et le pôle social du tribunal judiciaire s’installeront au palais Bugeaud (caserne du Muy) que nous connaissons pour y avoir déjà vu s’’établir le tribunal d’instance entre 2012  et 2015. La nouveauté c’est la construction d’une grande salle d’audience dite « salle des procès pénaux hors normes » sur une partie du parking devant le palais Bugeaud. Cela a provoqué de vives inquiétudes chez nos confrères concernant le stationnement mais après de nombreuses négociations, les avocats disposeront bien de places pour stationner leur véhicule.
Tout le pôle civil du tribunal judicaire de Marseille déménagera quant à lui en septembre 2022 et s’installera en haut de la rue Edouard Delanglade.
Ce tribunal devrait être éclaté pour une période de 7 à 10 ans et devrait laisser ensuite la place à une grande cité judiciaire. C’est un enjeu d’une extrême importance pour les avocats et pour la cité Phocéenne.

Les réflexions ont déjà commencé et je me bats pour que nous soyons au cœur des décideurs. La question de son implantation pose difficulté et la volonté de l’Ordre est que le palais soit construit dans le centre-ville historique de Marseille, son départ n’étant envisagé que dans l’hypothèse où cette construction ne serait pas possible pour absence de terrain adapté par exemple.
Marseille mérite une grande cité judiciaire moderne et nous mettrons tout en œuvre pour l’obtenir.

Notre profession semble régulièrement confrontée à des réformes plus ou moins contraignantes ; quel message d’encouragement souhaitez-vous apporter aux plus jeunes, à commencer par la nouvelle génération qui va prêter serment dans quelques jours ?

Le seul message à leur faire passer : soyez fier d’être avocat et exercez votre métier avec passion et courage. L’avocat de 2022 doit s’adapter sans cesse aux évolutions sociétales, c’est particulièrement vrai dans une société qui est à la fois en pleine mutation technologique et qui subit un contexte de crise sanitaire et économique.J’ai envie de dire à ceux qui embrassent la profession, vous avez fait le bon choix.
Je ne partage pas du tout la position de ceux qui ont une vision décliniste de notre profession. Il me semble bien au contraire que la profession d’avocat est de plus en plus incontournable tant le droit s’est complexifié. 

Il est exact que nos conditions d’exercice sont plus difficiles au quotidien, mais si l’on se compare avec d’autres professionnels libéraux, nous constatons que c’est également leur cas d’où une impérieuse nécessité de nous adapter.
Pour les plus jeunes, je veux simplement leur dire que cette profession, malgré les difficultés quotidiennes, reste une profession à nulle autre pareil. Être avocat, c’est un savant mélange alliant compétences techniques juridiques bien sûr, mais aussi une pratique de l’humain au quotidien dans la relation client ; c’est encore développer des qualités de manager et un sens entrepreneurial tout au long de son parcours professionnel.
Par les domaines d’activités très divers, par les modes d’exercice possibles, chaque confrère peut s’épanouir pleinement dans cette grande profession.

Comment imaginez-vous la profession d’avocat dans dix ans ? 

Je l’imagine plus forte et plus incontournable que jamais. Le besoin de droit n’a jamais été aussi fort en France et la profession d’avocat doit se montrer à la hauteur de ce défi.
Pour le réussir, nous devons poursuivre nos évolutions tant individuellement que collectivement.Nous constatons tous, quels que soient nos domaines d’activités, une inflation textuelle qui engendre complexification du droit et instabilité juridique permanente. Il devient donc plus difficile qu’avant d’exercer à titre individuel et dans de nombreux domaines juridiques.

 

 

[  Toutes ces évolutions technologiques et
juridiques ( IA, open data, justice prédictive, etc)
vont à terme entrainer une disparition
du traitement humain des problématiques
juridiques à faible valeur intellectuelle ajoutée.  ]

 

Il apparaît déjà une tendance au rapprochement entre confrères pour mutualiser les coûts et unir les compétences afin d’offrir aux clients les meilleures réponses juridiques à des problématiques toujours plus complexes et parfois transversales.
Compte tenu de ce contexte, j’imagine que cette tendance va se renforcer : 
d’où l’impérieuse nécessité d’avoir une vision stratégique de la construction de son cabinet.
L’utilisation toujours plus croissante des outils numériques et la montée en puissance de l’intelligence artificielle nécessiteront également des adaptations dans notre façon d’exercer notre métier.
Il me semble que les organes représentatifs de la profession doivent prendre toute leur part dans ces mutations et doivent offrir à tous les avocats des outils qui leur permettent de répondre à ces évolutions afin d’éviter le décrochage d’une partie d’entre nous.
Toutes ces évolutions technologiques et juridiques (IA, open data, justice prédictive, etc) vont à terme entraîner une disparition du traitement humain des problématiques juridiques à faible valeur intellectuelle ajoutée.
Il me semble donc que notre activité va se recentrer sur les dossiers à haute valeur ajoutée et surtout que notre développement continuera de passer par ce qui fait aussi la force de notre profession : le rapport humain client / avocat.
La robotisation des tâches intellectuelles ne pourra pas nous enlever notre plus-value : la gestion humaine des dossiers de nos clients.

L’histoire de notre profession montre que de tout temps, nous avons su nous adapter aux besoins de nos clients et je suis donc optimiste sur notre capacité future à relever ces défis et à demeurer l’interlocuteur incontournable des clients dans la construction de leurs projets ou dans la résolution de leurs difficultés.

Le trois décembre dernier, vous avez été élu à la présidence de la Conférence régionale des bâtonniers du Grand-Sud Est et de la Corse. Quelles sont les projets de la Conférence pour la mandature 2022-2023 ?

La Conférence régionale est une institution méconnue par beaucoup de confrères.
Il est vrai que l’organisation de notre profession fait que l’on s’y perd un peu. Pourtant, la Conférence régionale tient à mes yeux un rôle central de courroie de distribution entre le national et le local. Tout d’abord, elle permet un travail collaboratif entre les 15 barreaux du Grand-Sud Est et de la Corse.
Les bâtonniers occupent tous une fonction à tâches multiples et diverses qui demandent des connaissances dans de nombreux domaines.
Bien sûr, la mission première du bâtonnier est de répondre aux problématiques de ses confrères notamment, en matière de déontologie, de RCP et de fixation d’honoraires.
Il doit aussi administrer l’Ordre et la Carpa, manager les équipes de collaborateurs et assurer la représentation de son barreau au sein de la cité.

Tout ceci n’est pas inné et le partage de nos expériences lors de séminaires de travail sur toutes ces thématiques est indispensable, chacun se servant des acquis de l’autre.
La Conférence est aussi un lieu de mobilisation des Ordres de la région.
Nous sommes les représentants de la base et notre travail est de faire entendre cette position au national.
Par le principe des vases communicants, nous sommes aussi les porte-voix locaux du travail réalisé au national par la Conférence des bâtonniers.
Mon ambition durant ce mandat sera axée autour de deux idées principales.
En premier lieu, de rester fidèle à ma vision de l’engagement collectif : être un fédérateur des énergies de tous les bâtonniers et arriver à mobiliser les Ordres pour que notre travail soit mieux valorisé.
En second lieu, mieux faire connaitre la Conférence régionale ce qui passe par une communication plus importante afin que le travail collaboratif puisse être mieux utilisé au sein de chaque barreau.
Dès le début de l’année, nous essaierons donc de disposer d’outils collaboratifs pour mieux travailler entre nous et surtout mettre en place des instruments permettant une meilleure circulation des informations de chaque barreau auprès de nos confrères.
A l’heure où vous lirez ces quelques lignes, nous serons en pleine période de fêtes de Noël, je vous souhaite de profiter de ces moments privilégiés avec vos proches, et vous donne rendez-vous l’an prochain pour de nouvelles aventures.

Propos recueillis par
ME Jean-Baptiste Blanc

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