Ordre des avocats au barreau de Marseille
Actualités

Entretien avec Maître PHILIPPE VOULAND L’exercice du droit pénal ou le juste équilibre de l’émotion





Alors que pour beaucoup de jeunes avocats, la première année d’activité rime avec la découverte des permanences pénales, la Commission du jeune barreau a souhaité recueillir les précieux conseils de Maître Philippe Vouland, célèbre avocat pénaliste marseillais, et sa vision sur l’exercice de cette discipline.
Maître Philippe Vouland est avocat pénaliste au barreau de Marseille depuis 1976. Il est notamment intervenu dans des affaires médiatiques telles que celle de l’assassinat du juge Michel et du bus incendié. La Commission du jeune barreau le remercie chaleureusement d’avoir accepté cet entretien.

 

 

 

 

 

Cet article est issu du JDB Marseille 
pour le consulter en intégralité, c'est ICI

  

La distance

Je crois que lorsqu’on fait du pénal, il faut arriver à trouver un juste équilibre entre l’émotion ressentie, l’émotion que l’on vit, l’empathie que l’on a pour le client et à l’autre bout, le cynisme et le « je m’en foutisme total ». Je crois qu’il faut garder intact sa capacité d’enthousiasme et sa capacité d’indignation. 
Cependant, la capacité d’enthousiasme et le sentiment d’injustice que l’on a souvent dans le traitement que subissent nos clients ne doit pas nous amener à être des vengeurs masqués et devenir des complices. On peut avoir une complicité intellectuelle, mais comme le disait le Bâtonnier Corse, Jean Chiappe, aux jeunes avocats qu’il recevait : « Jeunes gens, n’oubliez pas qu’entre le client et vous, il doit toujours y avoir la largeur de la table. ». 

Je vais vous raconter une histoire qui est prescrite et je pense que Madame le procureur ne m’en voudra pas... 
Lorsque j’étais jeune avocat, j’allais dans diverses prisons françaises pour mon maître de l’époque, Maître Emile Pollak. Un jour, je devais rencontrer un trafiquant de drogue détenu à Perpignan. Son compagnon m’avait alors proposé de m’emmener à la prison. Pendant les trois heures de route, cet homme m’a expliqué comment il avait connu mon client et comment la vie était merveilleuse avec lui. Il en était éperdument amoureux et c’était d’une beauté sans nom. J’étais dans un conte de fée, une histoire d’amour dont je n’avais pas l’habitude. L’homosexualité existait évidement… Mais elle était toujours dans le Code pénal ! A mon arrivée à la prison, je m’entretiens avec mon client. A la fin, il me remet une lettre cachetée et je comprends que c’est une lettre d’amour pour son compagnon. 

 Encore touché par leur histoire, je prends la lettre et la lui remet. Ce dernier était fou de joie.
Arrivé à Marseille, je raconte à Maître Pollak l’histoire avec toute la sensibilité que je peux y mettre. Il m’interrompt et me dit : « Philippe, tu as sorti une lettre ». Et là, je m’écroule… Parce ce que bien évidement, Arnoux à qui je dois beaucoup et qui m’avait fait plaider ma première affaire d’Assises, mais aussi Pollak et d’autres nous avaient formés et je savais qu’il était et est toujours absolument interdit de sortir de prison une lettre, fût-elle une lettre d’amour.
Dans l’émotion et le désir de faire plaisir, j’avais oublié ces fondamentaux.
Cela peut arriver et cela a été la seule et unique fois ! 

  

La Médiatisation

Aujourd’hui, vous êtes confrontés, plus que nous à l’époque, à une chose très répandue : la médiatisation.
Je crois cependant qu’il faut éviter de faire le procès sur les marches du palais devant les micros, avant de l’avoir fait à l’intérieur pour les magistrats qui, le soir, vont peut-être vous regarder au journal télévisé ou vous entendre le matin en arrivant à la radio.
De la même manière, on doit parler pour dire quelque chose et donc réfléchir. Dans cette réflexion, il faut savoir qu’un journaliste qui vous fait parler dix minutes vous met dans un piège absolu car il va être obligé de vous couper et pourra passer à côté de l’essentiel et dénaturer votre discours.

Mon conseil, c’est de parler en phrase courte, rester dans des généralités et surtout ne pas révéler les points importants du dossier. 
C’est un exercice difficile et il ne faut pas hésiter à demander conseil. 
Mais je ne vais pas vous dire de fuir les journalistes car nous sommes dans une société où le droit à l’information est sacré.
Sur la question des procès filmés que vous me posez, je n’ai pas vraiment d’avis. L’émotion est telle que dans la vie du procès, on oublie les caméras.
Peut-être faut-il le faire pour l’histoire ? Peut-être que l’on reverrait volontiers le procès de Nuremberg ? Je ne sais pas… Mais si ça pouvait hisser vers le haut les acteurs du procès, les présidents et les avocats en premier lieu, cela aurait un effet positif. 

  

L’écoute

La qualité première d’un avocat c’est l’écoute. Et c’est le plus difficile à maintenir parce qu’avec l'expérience on peut finir la phrase de celui qui est en train de vous parler et c’est une erreur.
Ensuite ce sont des qualités juridiques, un grand sens du droit et une connaissance la plus approfondie possible de la matière que vous traitez. 
C’est pourquoi lorsque l’on est généraliste il faut faire attention aux dossiers que l’on prend.

[ « L’une des qualités essentielles de l’avocat pénaliste c’est de croire à l’impossible : si l’avocat ne croit pas en l’impossible, 
qui y croira ? »  ]

Et enfin, une dose de courage, car à un moment on est seul contre tous. D’ailleurs, je crois qu’on peut exercer la profession d’avocat seul ou à plusieurs mais la confrontation avec les confères et la réflexion générale c’est extrêmement important. 
Cette ouverture aux autres est importante, la coopération aussi et le barreau de Marseille n’est pas en déficit de cela.

  

Croire en l’impossible

Pour l’avocat pénaliste c’est la même chose à cela près qu’il doit en plus croire en l’impossible. L’une des qualités essentielles de l’avocat pénaliste c’est de croire à l’impossible : si l’avocat ne croit pas en l’impossible, qui y croira ? Cela peut arriver trois fois dans une carrière mais on peut avoir des relaxes et des acquittements incroyables et impossibles. Je pense à l’histoire des deux sosies ou encore du juré qui se la joue Douze hommes en colères. 

Croire en l’impossible c’est garder sa fraicheur et nourrir l’espoir. Il doit aussi posséder une certaine culture, pas obligatoirement une grande culture classique mais au moins une culture du quotidien, une connexion avec l’époque dans de nombreux domaines, une certaine culture politique et historique pour mieux comprendre le droit me paraît éminemment utile.

  

Propos recueillis par
ME Julie GAUTIER et
ME Martin REY

Retour

Accès direct

Le barreau

plus

L'incubateur

plus

Immobilier

plus

Nous contacter

Veuillez préciser votre demande
Ce champ est invalide
Ce champ est invalide
Ce champ est invalide
Ce champ est invalide
Ce champ est invalide