JOURNAL DU BARREAU - 2

59 2E SEMES TRE 2020 JOURNAL DU BARREAU DE MARSE I L LE dossiers, il les connaissait même s’il se donnait une attitude désinvolte et il trouvait toujours un angle d’attaque qui lui permettait de bâtir une plaidoirie pouvant faire vaciller l’accusation. D’ailleurs, lors du congrès de la Confédération syndicale des avocats qui s’est tenu à Bastia en 1983, son président, Maître Lionel Levy rap- pelait que la Corse, dont Marc était originaire, est une terre qui n’a jamais connu l’esclavage, l’asservissement, la colonisation, la féodalité. Il ajoutait «Peuple libre, libre association d’individus ou de familles pour qui nulle richesse au monde ne comptera plus que l’honneur. Quelle autre tradition pouvait permettre à cette île modéré- ment peuplée de donner le jour à tant de destins individuels, à tant de vocations libérales, à tant de César CampinchiI, de Moro-GiafferiI, de Paul Arrighi, de Raymond Filippi, de Marc Gréco…». Il faisait partie des avocats corses qui avaient une aura extraordinaire et certains n’hésitaient pas à dire que le talent oratoire était en province. Il avait aussi des clients moins importants qui l’amusaient. Ainsi, il était l’avocat d’un proxénète qui venait le voir immédiatement dès qu’une de ses «amies» était embastillée. Le législateur pour lutter contre la prostitution avait créé une infraction «d’attitude sur la voie publique pou- vant conduire à la débauche» et, bien que cette infraction releva du tribunal de police, des peines d’emprisonnement étaient prévues et appli- quées. Quand cette infraction était jugée, on se serait cru aux assises. Le procureur qui siégeait en permanence pour ce type de dossier se levait et requérait pendant 10 minutes d’une manière solennelle. Même s’il ne s’agissait que de 15 jours de prison, cette peine était exécutée, car il n’y avait jamais de sursis. Cet emprisonnement était mal compris par son client qui venait à chaque arrestation demander des explications. Bien évi- demment, la réponse était lamême et à la fin des explications, il regardait Gréco et lui disait «Alors Maitre, c’est comme les lettres de cachet» et il partait après cette bonne parole. Comme il venait assez souvent, Mes Paoli et Tramoni, lorsqu’ils le voyaient dans la salle d’attente téléphonaient à Marc en lui disant : «Marc il y a lettre de cachet dans la salle d’attente». Cela l’amusait et le chan- geait un peu de ses autres dossiers. Enfin Marc était sportif. Il fut l’un des créateurs de l’équipe de foot du barreau et s’était offusqué d’un article paru dans le Journal du Barreau où certains, qui n’en étaient pas, se présentaient comme les fondateurs de l’équipe. Même s’il ne voulait pas semettre en avant, il n’aimait pas que d’autres se parent de qualités qui n’étaient pas les leurs. Et il avait raison. Tout récemment a été publiée une photo de l’équipe du barreau en 1971 à Rome (photo ci-contre) et l’on constate que parmi les joueurs il y a, outreMarcGréco, André Larderet, Paul Vincensini, André Faraut, Jean Ricard, Jacques Bistagne, Étienne Pieri, François Marchiani, Jules Pinelli, Gérard Bismuth, etc. Cette équipe fonctionnait et jouait dans des compétitions relativement importantes. Par la suite, et grâce aux vocations suscitées par l’en- thousiasme deMarc, de nombreux joueurs l’ont rejointe et ont participé à des compétitions d’un niveau toujours plus élevé. Voilà qui était le bâtonnier Gréco, un bâtonnier qui a donné beaucoup, de la race des grands bâtonniers et si un vœu peut être formé, sou- haitons que les futurs élus exercent leur mandat avec la même passion et le même engagement. Ce fut le cas jusqu’à présent, même si ce ne fut pas le cas de tous. Dors en paixMarc, nous pensons à toi. JEAN-LUC GUASCO HISTOIRE ET MÉMOIRE DU BARREAU

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