JOURNAL DU BARREAU - 2

Ê tre avocat ce n’est pas seulement avoir un cabinet et savoir plaider, mais c’est aussi être courageux, in- telligent, travailleur, généreux, savoir prendre ses responsabilités et faire preuve d’humilité. Ces qualités, Marc Gréco les avait toutes et tous ceux qui ont travaillé avec lui le savent. Marc a prêté serment le 4 mars 1949, il avait 22 ans. Il fut élu 3 fois au Conseil de l’Ordre, fut administrateur de la CARSAM, et bâtonnier de l’Ordre en 1983-1984. Le courage, Marc le possédait puisque, peu de gens le savent, il a été pendant l’Occupation combattant volontaire de la Résistance, il avait à ce moment 16 ans. À l’issue de la guerre, il a reçu la Croix du Combattant. Ce courage, il l’a manifesté tout au long de sa carrière devant les magistrats. Ainsi, un confrère qui avait eu quelques difficultés, fut convoqué par un magistrat instructeur, étant défendu par un avocat commis d’office. Marc intervint en cours d’interrogatoire devant ce magistrat, et comme ce dernier lui indiquait qu’il n’était pas désigné pour défendre le prévenu, Marc s’insur- gea et lui précisa que la présence du bâtonnier était obligatoire selon les usages du barreau de Marseille. Devant cette affirmation péremp- toire, que personne n’osa contester, il assista à l’interrogatoire. Son intervention persuasive fit donc revenir le juge sur ses intentions et éviter unmandat de dépôt. Courage encore lorsque l’un de nos confrères fut pris en en otage à son domicile de Cassis. Prévenu par l’antigang, dirigé par le commissaire N’Nguyen Van Loc chef de cette brigade, alors qu’il était à son cabinet et recevait un de nos confrères qui venait de prêter serment, Marc décida de se rendre immédiatement à Cassis au domicile du confrère pris en otage et pro- posa de se constituer prisonnier, à ses lieux et place, estimant qu’une telle démarche était une obligation pour le bâtonnier en exercice. Qui aujourd’hui serait prêt à offrir sa vie pour sauver un confrère, et ce, bien que nous soyons près de 2 500? Tout cela est tombé dans l’oubli et il est bon de le rappeler. Il était également très gé- néreux, non seulement quand il était bâtonnier, mais aussi tout au long de sa carrière. Marié en 1966, il n’avait pas pour habitude de rentrer diner le soir chez lui; ses collaborateurs étaient donc toujours invités à le suivre en sortant du bureau, la demande était toujours la même «Que faites-vous ce soir?», puis comme on lui répondait «rien», il disait à ce moment-là d’un ton comminatoire «venez diner avec moi». Le collaborateur faisait ainsi tous les soirs connais- sance avec les restaurants animés de la ville, puis, comme personne n’avait l’idée de rentrer se coucher, on visitait les lieux où se trouvaient ses clients. C’est ainsi que l’on découvrait «Chez Elle» ou «Le Son des Guitares» ou par la suite «ChezMaurice». Il était hors de question pour le jeune stagiaire d’envisager même de régler quoi que ce soit. Les confrères joueurs de foot qui ont participé au Mundiavocat au Maroc le savent, puisqu’il avait réglé personnellement la note des boissons des participants. Sa générosité l’ame- nait à plaider gratuitement soit pour des per- sonnes qu’il connaissait ou des personnes qui lui étaient recommandées par des amis. Son activité était essentiellement le droit pénal et il a plaidé et a été amené à plaider dans de nom- breux dossiers particulièrement importants. À ce titre, on citera le procès de la FrenchConnexion, le procès des grâces médicales, celui de la tuerie d’Auriol et également l’affaire Susini procès de l’OAS. Non seulement il était brillant, mais avait une approche des dossiers très personnelle. Ses HISTOIRE ET MÉMOIRE DU BARREAU Il est de tradition lorsqu’un confrère décède de lui reconnaitre toutes les qualités, sans pour autant tenir compte de ce qu’il était vraiment, banalisant ainsi son décès. Seuls quelques rares bâtonniers ont fait connaitre aux plus jeunes confrères, qui ne les connaissaient pas, les qualités de celui qui était décédé et ce en quoi il était un exemple que l’on devait suivre. Ce fut le cas pour Émile Pollak, puis Paul Lombard, Antoine Versini, et tant d’autres, et aujourd’hui Marc Gréco. 58 2E SEMES TRE 2020 JOURNAL DU BARREAU DE MARSE I L LE Sa générosité l’amenait à plaider gratuitement soit pour des personnes qu’il connaissait ou des personnes qui lui étaient recommandées par des amis. Hommage au BâtonnierMarcGréco

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